Pour diminuer le nombre de morts sur les routes, on préfère, en France, continuer à installer des radars de plus en plus sophistiqués alimentant allègrement les caisses d’un Etat en perpétuel déficit. Derniers en date : les radars leurres dont les premiers ont été déployés sur une portion de route départementale longue de 37 kilomètres dans le Pas-de-Calais. Objectif : réduire la mortalité sur les routes en luttant contre les excès de vitesse. Pourtant, en cas d’accident, personne ne sait si la vitesse est réellement en cause. Les zigzagues, les distances de sécurité pas respectées, le manque d’anticipation… tout ça n’est jamais pris en compte bizarrement. La vitesse est, certes, forcément un facteur aggravant. A part à 0km/h (et encore, les crises cardiaques ou les tremblements de terre existent), on ne risque pas grand chose. Alors on préfère mettre tout sur le dos de la vitesse et faire pousser des radars (même en pleine ligne droite sur l’autoroute A6) : une méthode nettement moins compliquée et coûteuse que d’améliorer le réseau routier, d’administrer une meilleure formation aux automobilistes ou de passer à une tolérance zéro pour l’alcool par exemple.
Intégriste des radars
Qu’importe, intégriste des radars, l’État lance les radars leurres dans une zone connue pour « son caractère particulièrement accidentogène ». En cinq ans, six décès et 28 blessés graves sur ce trajet, selon le gouvernement. Le dispositif consiste à placer un leurre par panneaux sur lesquels les conducteurs peuvent lire « Pour votre sécurité, contrôles radars fréquents ». Le petit jeu : un radar autonome est installé derrière un des dix panneaux. Mais lequel ? Le radar autonome est régulièrement déplacé… Les automobilistes ne savent donc jamais où se trouve le mouchard et où se trouve le vrai radar. Très amusant non ?
L’État compte équiper 100 autres itinéraires « classés dangereux » de radars leurres d’ici fin 2016. Le dispositif sera porté à 1 000 itinéraires et 5 000 emplacements d’ici à 2020. Et ce n’est pas tout. Un second dispositif dit « par cabine » sera expérimenté en 2017. Il s’agira de cabines fixes, parfois vides, parfois équipées… d’un véritable radar.
En Angleterre, c’est l’inverse, on diminue le nombre de radars. Car on s’est rendu compte que les automobilistes pilaient en arrivant à leur niveau. La France y viendra peut-être le jour où on s’apercevra que la multiplication des radars n’aident pas à faire baisser les chiffres de la mortalité routière… Sauf lorsque les cabines sont placées dans les zones accidentogènes, ce qui n’est que trop rarement le cas.
Ma question : n’est-il pas dérisoire de prétendre lutter contre les accidents de la route en jouant au chat et à la souris avec les automobilistes ?



