Walaa Dakak, peintre syrien installé à Paris, présente Pluies silencieuses à la galerie GNG.

Des projecteurs dorés de Damas à la solitude habitée de son atelier parisien, le destin de Walaa Dakak ressemble à une fresque suspendue. Avant de s’envoler pour la France en 2004, le jeune plasticien syrien avait côtoyé le sommet du faste en sculptant les célèbres trophées du drama national (La récompense suprême des acteurs comparable aux César français), admirant de loin les icônes d’un monde qu’il allait quitter.

Paris représente la liberté, mais cette liberté peut aussi s’accompagner de solitude. C’est cette coexistence que je cherche à raconter, à partir de ce qu’il m’a confié. Portrait d’un artiste virtuose dont la quête absolue de liberté créative se double aujourd’hui d’une profonde mélancolie, alors qu’il panse à travers ses toiles la blessure récente du décès de son père.

Quelquefois, deux hommes se choisissent artistiquement. A l’instar du grand galeriste Paul-Durand-Ruel découvreur de Monet, Renoir ou encore Pissaro… La même magie s’est produite à la galerie GNG créée en 1995 par Gilles Naudin qui a révélé le peintre Walaa Dakak qui y présente « Pluies silencieuses » jusqu’au 21 novembre 2026. En écoutant Walaa raconter son père disparu récemment, le titre prend une résonance intime. Ali, « père et peintre merveilleux et inspirant » cet homme qui fleurissait sa rue pour offrir du beau aux passants, l’encourageait sans cesse.

Quand la Nature se recueille

Le 17 avril 2026, son père s’est tu. C’est le silence brutal de sa voix qui a envahi l’artiste.« Quand mon père est mort, pour moi, la Nature est devenue silencieuse et sourde. Avant que je ne me rende compte que ce silence était devenu le dialogue nécessaire avec mon père disparu ». La nuit, souvent, Walaa se tourne vers la lune où il lui semble parfois reconnaître le visage et le regard de son père. Son regard que Walaa cherche à retrouver dans ses prochaines œuvres. Un homme qui, au-delà de l’expression artistique du peintre ; généreux et altruiste, se préoccupait du bonheur des gens qui l’entouraient. « C’était un homme tourné vers les autres. Il les écoutait et faisait quelque chose de beau pour les âmes, développe Walaa. Cette attention allait jusqu’aux choses les plus fugitives. Lorsque j’étais énervé, mon père pouvait me parler d’un oiseau venu se poser un instant avant de repartir. Il attirait mon regard vers une beauté que la colère me faisait manquer ». En l’écoutant, je me dis que la transmission commence peut-être là : dans cette façon d’apprendre à quelqu’un à regarder.

Fascinée, je contemple le nombre considérable de toiles entreposées dans son atelier, toutes posées à l’envers. Des toiles encore vierges ou déjà peintes ? Dissimulées volontairement au regard des visiteurs de sa future exposition…

Walaa Dakak : « L’art est venu me chercher »

« Enfant, je l’avoue, je ne travaillais pas beaucoup. C’est mon père qui dessinait à ma place lorsque je devais rendre un devoir. Les professeurs toujours admiraient ses dessins. Je me demandais comment mon père pouvait réaliser cela avec autant de facilité. J’étais fasciné ».

En Syrie, l’Art n’est pas primordial. Walaa avait peu de chance d’intégrer les Beaux-Arts (125 places sur 9000 étudiants). « J’y suis parvenu par hasard. Aucun professeur ne m’avait remarqué jusqu’à ce que je réalise ma première Nature morte. Là, ils ont compris que j’avais quelque chose. L’art est venu me chercher. »

Walaa Dakak Gilles Naudin

Le fil invisible

Avant de nous quitter, Walaa me confie une image qui l’obsède et dont il aimerait faire le sujet de ses prochaines œuvres. Une ficelle suspendue dans le ciel. Elle descend de quelque part, au-dessus de sa tête, mais rien ne semble la retenir. À quoi tient-elle ? D’où vient-elle ? Il l’ignore. Elle est simplement là, mystérieuse, presque irréelle.

Je repense alors à ses pluies silencieuses, à ces gouttes qui semblent hésiter entre ciel et terre, et à ce père avec lequel il poursuit chaque nuit une conversation sous la lune. Cette ficelle serait-elle le fil invisible qui relie les vivants à ceux qui ne sont plus là ? Je me garde de lui poser la question. Certaines images ont besoin de conserver leur mystère.

Galerie d’Art GNG, créée en 1995 par Gilles Naudin

« Pluies silencieuses » de Walaa Dakak, jusqu’au 17 octobre 2026 (Découvrir le site de l’artiste ici)

3 Rue Visconti, 75006 Paris, France

Contact : galeriegng@wanadoo.fr

À Paris, d’autres artistes explorent eux aussi ce qui relie l’homme à la nature et à l’invisible. J’ai récemment découvert cette même sensibilité lors de ma visite de l’exposition Les Quatre Éléments, à Underline.